Non classé17 mai 2026Par Patrick LagadecPatrick Lagadec : « Pilotage de l’alerte Ebola : Grammaire pour penser et traiter les crises hors-cadre »

Publié sur LinkedIn le 17 mai 2026.
https://www.linkedin.com/pulse/pilotage-de-lalerte-ebola-grammaire-pour-penser-et-traiter-lagadec-ako8f/?trackingId=QDiRPYwXhtjlpKVBv%2BNRxg%3D%3D

L’alerte Ebola, avec ce risque sur Mayotte, est identifiée, chacun va s’efforcer de mobiliser les meilleures réponses possibles, et de trouver les meilleures lignes de communication.

Laissons les experts et les responsables travailler au mieux. Mais ouvrons cependant la réflexion sur la grammaire de pilotage pour ce type de situation qui peut échapper aux trajectoires de référence.

Je voudrais ici reprendre mes réflexions récentes à propos de l’Hantavirus :

12 mai, Pilotage Hantavirus : la voie « normale », la voie « hors cadre » : https://www.linkedin.com/pulse/pilotage-hantavirus-la-voie-normale-hors-cadrepatrick-lagadec-8xusf/

La clé : la nécessité d’avoir deux espaces, nécessairement imbriqués, mais à distinguer cependant, pour assurer la qualité de la réflexion comme l’efficacité de l’action.

– L’espace de la mobilisation des meilleures réponses connues et disponibles.

– L’espace des questionnements les plus pointus, les moins « conformes » pour le cas où la crise ne respecterait ni les plans, ni les références opérationnelles les mieux établies.

En l’espèce, il est trop tôt pour savoir si l’épisode débordera effectivement du cadre géographique actuel et des hypothèses admises. Mais il est prudent, comme cela est en train de se faire, d’ouvrir des questionnements échappant aux trajectoires nominales.

Quoi qu’il en soit, même si rien de gravissime ne fuse, au-delà de ce qui est déjà catastrophique localement, l’effort resterait un excellent exercice à l’heure des crises globales de plus en plus fréquentes, menaçantes, surprenantes.

Il devient crucial, pour les crises désormais en émergence de plus en plus rapide et continue, de mettre en place des équipes spécifiquement dédiées aux questionnements hors cadre qu’imposent les situations hors cadre.

Quelques questions qui pourraient être ouvertes (ce ne sont ici que quelques suggestions, à travailler de façon bien plus pointue) :

Virus : Quid d’une sortie des caractéristiques de l’Ebola, en termes de virulence, de contagiosité, de sécurité pour les équipes soignantes, de protocoles de prise en charge… ?

Dissémination : Quelles disséminations plus larges que ne le laissent penser l’expérience et les réflexions en cours ?

Vitesse : Quelles surprises en matière de vitesses de propagation générale ?

Dynamiques sociétales : quelles surprises « inconcevables » dans les réactions à la fois des autorités locales, des populations, des réseaux ?

Dynamiques plus globales : Quelles nouvelles donnes en matière de relations internationales et d’exigences vis-à-vis des pays riches s’il y avait irruption d’une nouvelle donne épidémique ?

Mayotte : Quels défis pour Mayotte, encore mal remise du cyclone Chido, et peu préparée à traiter un défi aussi imposant ? Comment penser et réaliser un appui à la mesure du problème ? (il ne s’agirait ni de Chido, ni de l’Hantavirus).

Le Hors contrôle : C’est à maints égards une plongée dans l’inconnu – Quels défis si l’on doit penser et traiter non plus la mise en place de protocoles de contrôle comme cela a été fait par exemple pour l’Hantavirus, mais se projeter dans le hors contrôle sur toutes les dimensions caractérisant la situation ?

Les interactions : Quelles partitions et partages entre le local, le régional, le national, le global – avec tout à la fois la nécessité d’appuis extérieurs massifs, et l’exigence d’une adaptation très fine aux caractéristiques locales très spécifiques

a) Voir les leçons clés du traitement de Chido : Entretien avec la Colonelle Nora Oulehri, « Aller vers – quand les victimes ne suivent pas les plans » https://www.youtube.com/watch?v=-4hs0oYz5OA

b) Voir l’entretien avec Michel Séguier : « Populations en danger de mort », https://www.youtube.com/watch?v=-4hs0oYz5OA

Le plus important : Quelles questions n’avons-nous pas posées ? Quelles limites n’avons-nous pas pu franchir, osé remettre en question ?

DE LA THÉORIE À LA PRATIQUE : UNE DÉMARCHE OPÉRATIONNELLE

1. Comprendre et valider la démarche

2. Engager la démarche

3. Former les personnes mobilisées pour offrir cette aide à la navigation

4. Entraîner, tester ces groupes

5. Réaliser des retours d’expériences sur les cas les plus surprenants

6. Développer des échanges entre équipes

7. Préparer les dirigeants à faire le meilleur usage d’une telle aide à la décision

avec Matthieu LANGLOIS et son équipe nous pouvons vous accompagner.

Patrick Lagadec : « La Force de réflexion rapide – Aide au pilotage des crises », Préventique Sécurité, n° 112, Juillet-Août 2010, p. 31-35. https://www.patricklagadec.net/wp-content/uploads/2021/11/PS112_p31_Lagadec-p.pdf

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