Publié sur linkedIn le 22 mai 2026.
Un risque très faible, un suivi attentif, des dispositifs en place
Quand on lit rapidement les écrits de presse relatifs au risque Ebola à Mayotte – ce qui est à l’évidence bien limité comme source d’information – on est frappé par l’alignement des réflexions sur les assurances les plus « normales » :
– Risque très faible vu les caractéristiques de contamination : il faut des contacts de proximité.
– Arrivée de malades venus de la zone touchée très peu probable (même si ce n’est pas exclu) : dans les pays en guerre la mobilité est compliquée ; les malades sont trop mal en point pour faire des trajets sur longue distance. Ce sont des déplacements qui ont la plupart du temps lieu en bateau et donc ça ‘sécurise’ par rapport aux questions de délais d’incubation, de symptômes. » La durée d’incubation varie entre 2 et 21 jours. Les migrants venant de République démocratique du Congo mettent généralement plusieurs mois avant d’atteindre Mayotte.
– Lors d’une récente épidémie très peu de gens étaient sortis de la zone.
– La surveillance des migrants a été renforcée afin de détecter rapidement tout cas suspect. Les services de lutte contre l’immigration clandestine restent mobilisés.
– On consolide la coopération des pays de la zone.
– Si un cas survient, l’isolement est organisé dès le premier cas recensé sur l’île, les professionnels de santé sont formés. Des chambres sécurisées, des circuits séparés pour les patients suspects ainsi que des équipements de protection ont été mis en place.
– L’ARS indique aussi avoir constitué une équipe chargée d’identifier d’éventuels cas contacts.
– Il n’existe pas de connexion aérienne directe entre la région aujourd’hui concernée par l’épidémie et l’Hexagone.
– Un suivi exhaustif de l’épidémie est en place.
Force de Réflexion Rapide
Elle ouvrirait un certain nombre de questions, non pour dramatiser mais pour aider à une mise en phase rapide si des surprises, certes très peu probables, se manifestaient :
– Quid de surprises en matière de contamination ? Quelles sont les limites des connaissances des experts ?
– Que devient la situation si l’épidémie explose en Afrique de l’Est ?
– Quid des freins au déplacement depuis l’Afrique ? Des migrants ne pourraient-ils pas voyager en étant seulement en phase d’incubation ? Et durant ces déplacements, n’y aurait-il pas risque de contamination par contact proche ?
– Les pays se mobiliseraient-ils vraiment pour bloquer des déplacements ?
– Les durées de transit sont-elles réellement de l’ordre de grandeur pris pour référence ? Quels trésors d’imagination, de débrouillardise, chez des populations en grand danger ? Quels nouveaux circuits pourraient émerger ?
– Quid des procédures de surveillance et de contrôle dans un environnement aussi complexe et insaisissable que Mayotte ?
– Est-ce que la vision sous-jacente de la prise en charge médicale des cas suspects ne serait pas ancrée sur l’hypothèse d’un patient individuel pris en charge par une structure hospitalière de haute technicité… alors qu’il pourrait y avoir cohortes denses et multipliées arrivant sur un territoire qui n’est pas doté d’un CHU de niveau international ?
– Comment tracer efficacement des cas contacts dans un environnement humain quelque peu « fluide » et mal cerné ?
– Quelles questions n’avons-nous pas perçues, ouvertes ?
– Etc.
Bien sûr, les vues conventionnelles sont de très loin les plus probables et il ne faut pas épuiser les systèmes comme les perceptions par des questionnements bien plus « théoriques » qu’utiles opérationnellement.
Mais il ne serait pas de mauvaise politique de pilotage de garder ouvertes les visions et hypothèses.
Le plus important est que le dispositif, qui doit gérer avec compétence la situation à l’instant t, soit aussi parfaitement préparé à penser et agir hors du convenu si le non convenu devait surgir sans préavis.
Pour faire preuve de la réactivité impérative au cas où le très improbable surgirait, il faut l’avoir envisagé.
Dans l’intervalle, une double simulation pourrait être un bon appui pour les responsables :
– sur le terrain, entraînement opérationnel pour traiter une situation perlée ;
– sur table, entraînement spécifique sur le pilotage stratégique en cas de surprise hors des clous (vitesse, masse, détection, etc.).
On pourra objecter qu’il ne faut pas « affoler ». Dans les épreuves de chaos actuel il est bien plus « rassurant » qu’inquiétant de savoir que même l’improbable est pris en compte et intégré dans les politiques de pilotage.