Non classé13 mai 2026Par Patrick LagadecPatrick Lagadec : Pilotage Hantavirus : la voie “normale”, la voie « hors-cadre”

Publié sur LinkedIn le 12 mai 2026.
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Pilotage Hantavirus : la voie « normale », la voie « hors-cadre »

May 12, 2026

Piloter un tel épisode d’alerte sanitaire internationale est d’une grande complexité. Il est probable qu’il faille, comme désormais dans la plupart des crises, ouvrir deux registres distincts d’analyse et de décision.

Le premier est le plus habituel, le second est le plus crucial si d’aventure les probabilités de référence, « raisonnables », étaient démenties. Et que l’on passait alors de l’urgence complexe à la crise hors cadre.

On peut esquisser ici quelques questions à poser par le décideur, dans chacun des deux registres – et alors que l’on ne sait pas dans quel registre il faudra finalement s’être inscrit.

1. La voie « normale »

Le fil de référence : le domaine du « raisonnable ». Sur quoi converge la connaissance ? Quelles mesures responsables mettre en œuvre ? Quels ajustements prévoir au cas où cela se complexifierait ?

Questions :

– Que savez-vous, en tant qu’expert, sur ce virus, sur la contamination, sur sa dangerosité, sur les mesures à prendre ?

– Quelles sont les enseignements de l’expérience, notamment du Covid : les erreurs à ne pas reproduire, les meilleures pratiques à mettre en œuvre ?

– Que préconisez-vous pour être dans la sécurité, tout en n’affolant personne par des considérations débridées ?

– Comment mettre en œuvre ces mesures, en accompagnant au mieux les personnes concernées ?

– Comment communiquer au mieux pour éviter de tomber aussi bien dans la réassurance infondée que dans l’exagération angoissante ?

– Quels signaux suivre pour, le cas échéant, renforcer les mesures prises et bien suivre l’évolution du problème ?

– Comment et quand en saurons-nous davantage ?

– etc.

2. La voie « hors-cadre »

Le fil de référence : Qui peut me dire quoi, avec quelle fiabilité, et dans quel délai ? Ce qui importe ici, aussi longtemps que la situation n’est pas stabilisée, est de questionner les consensus conventionnels, de rechercher les questions non posées, les surprises hors-cadre.

Questions :

– Quelles sont les limites de vos connaissances, la robustesse de la littérature sur laquelle vous vous appuyez ? [Conférence de presse – Ministre de la Santé]

– Quelle est le degré de pertinence de cette littérature quand on se replace dans la configuration actuelle, qui n’est pas un village des Andes, mais un navire de croisière et maintenant un déplacement multi-directionnel des impliqués ?

– Quelles surprises majeures pourraient émerger, et quand, qui vous feraient dire qu’il faut changer vos hypothèses et préconisations fondamentales ?

– Qu’est-ce qui, dans l’expérience COVID, pourrait ne pas avoir été pris en compte ?

– Quels sont les pièges que l’expérience COVID pourrait générer ?

– Quelles sont les failles potentielles ou déjà effectives, initiales et actuelles, dans les dispositifs ? Que faire des vives critiques visant la décision initiale de ne pas garder tous les passagers du navire dans le navire au lieu de les disperser : ne pas leur donner du relief ? expliquer quels ont été les termes de l’analyse du risque, et les motivations de la décision ? (risque de voir se multiplier les cas dans un espace qui n’est pas pensé pour de la quarantaine et de l’isolement strict ? risque de voir s’étaler l’épisode dans un très long temps au rythme des contaminations successives ? capacités à maîtriser les risques d’une évacuation qui justifiaient la décision, et perspective difficilement tenable de voir le navire pris dans un processus de contamination mortelle ingérable ?)

– Qu’est-ce que l’Europe pourrait poser comme problème ?

– Qu’est-ce que la destruction partielle du système US en matière de contrôle des maladies pourrait nous poser comme problème par ricochet et le cas échéant à quelle échéance ? [New York Times – Hantavirus & CDC]

– Quel est l’état de l’acceptabilité sociale si d’aventure il fallait passer à des mesures plus contraignantes ?

– Quels risques de décrochage si jamais les quasi-certitudes (même nuancées par des mentions d’incertitudes à la marge) affichées et recyclées finissaient par se révéler bien plus fragiles qu’on ne le pensait ?

– Quelles voix anciennes ou nouvelles pourraient déclencher comme atteinte à la crédibilité et la sécurité ? [France Info – Contenus complotistes sur Facebook]

– Quid du contexte général : un moment de profonde inquiétude en raison de la multiplication des crises majeures ? Un moment propice à la multiplication des thèses complotistes ?

– Quelles initiatives inédites examiner ?

Nul n’a les réponses. Le plus essentiel est de savoir quelles questions poser.

Il y a au moins une quasi-certitude : les déclarations tonitruantes, sûres de leur fait, sont a priori de très faible pertinence. Les profiteurs de crises ne sont pas de bon conseil.

Questions particulières :

1. Compagnies maritimes : Il sera intéressant, dès que la situation le permettra – et notamment pour toutes les compagnies de croisières – d’engager un retour d’expérience approfondi sur ce cas. Entre autres questions : le pilotage de la situation à bord. Le dernier message de remerciement du Commandant du navire est d’une grande tenue : [Vidéo – Message du Commandant]. Il sera instructif d’ausculter les difficultés qu’il a pu rencontrer, et les meilleures idées qu’ils auront eues, lui et son équipage, pour tenir la situation. De même il sera utile de se mettre à l’écoute des passagers pour tirer les meilleurs enseignements de l’épisode.

2. Les compagnies aériennes : Pendant le Covid, une forte communication a été engagée pour souligner que l’air des cabines était renouvelé toutes les 90 secondes, ce qui était une remarquable sécurité pour la question de la transmission à bord. Dans ce cas, on ne cesse de souligner que des passagers ont été contaminés à bord. Est-ce exact ? Ou bien cela aurait-il pu se faire dans les files d’attente ? Ou bien y a-t-il eu d’autres difficultés ? Plus globalement, cela fait un second front de difficultés potentielles, qui peut s’ajouter et se combiner avec le problème de l’approvisionnement en Kérosène, du fait du blocage du détroit d’Ormuz.

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