Non classé22 avril 2026Par Patrick LagadecPatrick Lagdec : « Au temps des implosions »

Publié sur LinkedIn 22 avril 2026.

On disserte beaucoup, et avec raison, sur les déchirures et guerres intestines qui se manifestent au sein des cercles du pouvoir iranien – et on guette l’implosion.

Et si les Iraniens n’avaient pas le monopole de ce nouvel état de la « matière » ?

Et si les États-Unis étaient déjà bien avancés dans cette même dynamique de déstructuration-dissociation profonde ? (1)

Et si les dynamiques du monde étaient, elles-aussi, dans ce nouvel état, en passant des fragilités et tensions connues à la surfusion de plus en plus manifeste ? On ne cesse d’élargir les diagnostics de mise en danger de la planète et des répercussions sur toutes les dimensions économiques et sociétales, sur tous les continents, dans tous les pays.

Le détroit d’Ormuz – la grosse « aile de papillon » – tient le château de cartes qu’est le système économique global.

Les acteurs ne savent plus comment sortir de ces centrifugeuses qui ont échappé à toute maîtrise. “Tweet, Baby Tweet” devient la marque de l’épilepsie qui domine à Washington. « L’essence de la Décision » de Graham Allison a laissé place à l’empire des pulsions sauvages qui tiennent le président de la première puissance mondiale.

Quand on ne sait plus où l’on va, la catastrophe n’est pas loin. « Après moi le déluge », comme sortie qui soulage les colères intérieures et les blocages extérieurs, est à un tweet du déclenchement.

La question de fond pourrait être : si on est bien dans ce nouvel état du monde, avec aux commandes des tortionnaires d’un côté, des ventilateurs en folie de l’autre, sur fond de déséquilibres et de tensions bien plus générales, comment y naviguer au mieux – ou plutôt sans doute : au moins mal ?

La question vaut pour tous, puisque tous sont concernés.

Quelques pistes ?

1. Criticité : s’employer, par toute voie possible, à prévenir et bloquer toute décision, inflexion, initiative, pouvant précipiter les cataclysmes et prises en masse sans retour. Il n’y a plus de « bataille décisive », elle a laissé place à la faillite sans limite.

2. Appui : tenter de calmer les ardeurs sauvages, manifestations de failles psychiques profondes, en suggérant quelques voies autres que le suicide. On traite ici avec des acteurs tenus par le mortifère pour les uns, polytraumatisés pour les autres.

3. Sauvegarde : introduire des mesures d’urgence ciblées partout où des brèches critiques se font et se feront jour. Avec, pour tenir les cohésions – dimension cruciale – la vigilance sur tous les « profiteurs » de crise.

4. Refondation : penser et commencer à construire du sens et des ancrages pour tenir un monde déstructuré, exposé au délire, aux décrochages individuels (pandémie de suicides), aux hallucinations collectives (en France le mirage de 2027 risque lui aussi d’imploser vu les murs de difficulté immédiats et de longue portée : place au sérieux). Il faut offrir autre chose que du divertissement de plateau, incapable de masquer le constat de déroute et d’impuissance.

5. Ouverture et co-construction : mobiliser de nouvelles cartes d’acteurs soucieux de penser et d’introduire de nouvelles dynamiques échappant aux logiques mortifères qui sont en passe de prendre les commandes.

(1) Petit signal parmi les déferlements de symptômes : Tucker Carlson se dit maintenant tourmenté pour avoir aidé à porter au pouvoir l’actuel gourou Maga qui conduit le pays à l’abîme. New York Times, 22/04/26 : « Tucker Carlson Says He Is ‘Tormented’ by His Past Support for Trump », « “I want to say I’m sorry for misleading people,” said the conservative commentator, who has broken sharply with the president over the war with Iran.

https://www.nytimes.com/2026/04/21/us/politics/tucker-carlson-trump-apology.html

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