Publié sur LinkedIn le 31 mars 2026.
« Le carillon de Big Ben sonnait neuf heures quand le cortège quitta le palais,
mais l’horloge de l’Histoire marquait le crépuscule ;
le soleil du vieux monde se couchait dans une gloire éblouissante qu’on ne reverrait plus. »
Barbara Tuchman
Thanatos règne en maître au Moyen-Orient. Les belligérants directs s’en font les ardents chevaliers.
Ils montent de concert aux extrêmes. Piégé et pétrifié, le monde regarde cette descente aux enfers.
Une course folle aux abysses qui promet d’engloutir tous les continents.
Tous les débordements sont évoqués : attaques des câbles sous-marins, décrochages en chaînes, effondrements technologiques, famines mondiales…
Les analystes ne savent plus où placer les limites de l’anticipation, ne savent plus comment « raison garder ».
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L’objectif est clair : tout faire pour bloquer cette glissade à tombeaux ouverts, tenter de ramener à quelque raison les dirigeants qui peuvent encore réfléchir un peu.
Ce qui n’est pas tâche facile : du côté de l’Iran, on est déjà dans le domaine divin et la mort hors échelle ne compte pas ; du côté américain, le mortifère et l’irréalité télégénique sont devenus carburant politique.
Il va falloir du génie pour sortir de cette danse hystérique avec Thanatos.
Il faut se mobiliser pour travailler sur le pilotage immédiat, notamment en accompagnant les grandes organisations.
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Voir le post avec Matthieu Langlois
Mais la profondeur du défi suggère aussi un temps de recul. Notamment en relisant Barbara Tuchman — même s’il ne faut jamais trop solliciter l’Histoire…
Au moins pour nous aiguillonner à agir avec discernement face aux défis existentiels qui menacent de nous emporter.
Un lointain miroir
Le XIVe siècle, la Peste noire.
Barbara Tuchman souligne que les historiens ont souvent écarté ce siècle sombre de leur champ d’étude, car il ne s’inscrivait pas dans une logique de progrès.
On perdit les ancrages fondamentaux : la protection de Dieu, celle de l’Église.
Aujourd’hui, d’autres croyances vacillent :
- la foi dans la technologie,
- la protection américaine,
- la domination occidentale,
- le droit international,
- la rationalité des équilibres géopolitiques.
« Quelle était donc la condition des hommes après la peste ? […] Les habitudes ont la vie dure… plus que les humains parfois. »
Les changements furent lents, diffus, mais profonds.
« Une grande souffrance n’est supportable que si l’on est convaincu qu’elle débouchera sur un monde meilleur. »
Sans cela, elle engendre doute, désillusion et perte de repères.
La Peste noire créa un climat de pessimisme durable, comparable à celui de la Première Guerre mondiale.
Elle accéléra les fractures sociales et transforma durablement les sociétés.
Août 14
Au premier mois de la guerre au Moyen-Orient…
Au premier mois de la guerre en 1914…
« Une guerre longue ne pouvait être préparée comme une guerre courte… mais tous préférèrent croire qu’elle ne durerait que quelques mois. »
Comme souvent, personne ne se prépare au pire scénario — même lorsqu’il est pressenti.
Les erreurs initiales enferment ensuite les nations dans une dynamique irréversible.
« Elles se trouvèrent prises dans une trappe […] dont elles ne pouvaient plus sortir. »
Le résultat dominant : la désillusion.
Les grandes croyances d’avant-guerre disparaissent, laissant place à un vide profond.
La bataille de la Marne ne décida pas de la victoire finale — elle décida que la guerre continuerait.
Et une fois engagées, les nations ne purent plus revenir en arrière.
Références
[i] Barbara Tuchman, Août 14, 1962
[ii] Barbara Tuchman, Un lointain miroir, 1979
[iii] Barbara Tuchman, Août 14