Posts publiés sur Linkedin les 23-24-25 janvier 2026.
L’ÉPISODE DE TEMPÊTE NEIGE – PLUIE VERGLAÇANTE – GLACE
SUR LES ÉTATS-UNIS EN JANVIER 2026
VIGILANCE MÉTÉO US (1) – Attention à la glace
Posté le 23 janvier 2026, 23h15
Les prévisions météo pour près de 200 millions d’Américains sont à suivre de très près.
Il y a bien sûr la neige.
Mais la glace pourrait être autrement plus grave pour les infrastructures. Et alors sur longue période. Temps de réouvrir le cas Canada 1998.
(Les seuls à sourire pourraient bien être les Groenlandais).
New York Times : “We are calling this winter storm historic because the just sheer ice totals that we’re forecasting are — they will be crippling for infrastructure,” Ms. Dirks (a meteorologist with the National Weather Service ) said.
ALERTE MÉTÉO US (2) :
une palette de scénarios pour anticipation et réaction
24 janvier 2026
En complément au post du 24 janvier. Pour ouvrir des lignes de travail d’anticipation, quelques scénarios et questionnements. Non pour prédire, mais pour s’entraîner à l’exercice d’anticipation dans un monde aussi complexe que volatil.
1. Surestimation ?
– L’alerte aurait été surdimensionnée : finalement, le phénomène se révèlerait moins large, moins intense, avec des effets moins sérieux.
– Risque : nouvelle attaque du Président US sur le thème que la météo dit n’importe quoi et qu’il faut se débarrasser de ces incompétents qui affolent le peuple pour des raisons cachées, et entraînent des coûts démesurés en précautions inutiles. Il réitère son argument encore repris de façon aussi sarcastique et fielleuse que dénuée de sens que cela prouve bien que le « réchauffement climatique » est un canular fomenté par les démocrates, les woke et les européens…
2. Confirmation ?
– Confirmation d’une situation très sérieuse : Neige importante, pluie verglaçante sur de larges territoires.
– Accidents en série, blocage des transports aérien et routiers sur plusieurs jours. Et attention : neige = difficulté à se déplacer; neige très importante = se déplacer devient extrêmement difficile; pluie verglaçante = impossibilité de déplacement au moins pour un temps, mais sur quelle durée ?
– Surprises ? : la possibilité d’une sortie des épures attendues : phénomène plus long qu’anticipé, effets systémiques, en raison de la profondeur territoriale du phénomène et d’effets inédits en termes de complexité et d’une durée qui ne cesse de transformer l’échelle et la nature des problèmes posés.
– Difficulté de stabiliser et de borner l’analyse.
3. Sortie d’épure ?
– L’expérience de référence conduit à se focaliser sur la neige, et la pluie verglaçante. Mais le risque (un peu évoqué, mais en sourdine) est de passer à un problème de glace – une tempête de glace comme en Ontario et au Québec en 1998.
– Effets hors cadre : destruction de l’infrastructure électrique comme dans la cas canadien de janvier 98 (« Nous avions coutume de gérer des pannes, il s’agissait d’une destruction du réseau« ). Les réparations s’inscrivent alors non pas dans une échelle de jours mais de semaines, voire de mois. On bute sur des équipements et matériels insuffisants pour opérer toutes les réparations indispensables (Dans le cas de 1998 HydroQuébec avait vidé toute l’Amérique du Nord des pièces indispensables aux reconstructions). Les effets en cascade sont majeurs et systémiques, et s’approfondissent à mesure que la durée de remise en état s’allonge.
– Effets surprise ? : l’épisode met au jour des situations générales problématiques, comme par exemple l’état du réseau électrique US, sa faible résilience, notamment en raison de son éclatement de centres de propriété, de décision et de gestion (ce qui n’était pas du tout le cas d’HydroQuébec) ; les interdépendances de toutes natures mal identifiées et restées dans l’angle mort ; le fait nouveau de l’importance prise par l’IA et ses infrastructures très gourmandes en énergie, et les éventuels arbitrages complexes qu’il faudrait faire (attention aux effets à Wall Street, à la couverture des assurances).
– Effet hors champ : Et si la situation s’enlise, la nécessité de faire appel à une vaste opération américaine mobilisant une FEMA qui n’est plus ce qu’elle était (alors même que le Président vient de déclarer qu’elle était parfaitement prête). Plus encore, s’il s’avère nécessaire de songer à un appel aux pays étrangers, et d’abord au Canada. Dans la situation actuelle en matière diplomatique (et sachant que le Canada est lui aussi sujet à une vague de froid intense), risque de difficultés complexes. Une présidence US plus qu’opposée à ouvrir la porte à toute aide étrangère (comme au début de l’épisode Katrina, mais cette fois en bien plus marqué); des Etats demandant cette aide, avec ce que cela peut déclencher comme friction avec l’échelon fédéral ; etc.
A suivre, de près… Mais un bon exercice pour les centres de crise.
À PARTIR DE LA SITUATION MÉTÉO US (3)
CENTRES DE CRISE :
LES DEUX REGISTRES D’ANTICIPATION
Quelques pistes de réflexion…
25 Janvier 2026
Le classique : l’anticipation opérationnelle dans le champ du probable
Il s’agit de rechercher et de traiter toutes les informations permettant de repérer au plus tôt les développements possibles d’une situation accidentelle, en restant à l’intérieur du probable. Et d’en tirer tous les éléments à faire remonter aux opérationnels, aux communicants, et aux décideurs afin de les aider à consolider au mieux la conduite des opérations.
Par exemple dans le cas de la météo US : anticiper la nature, l’intensité, le déplacement des phénomènes ; les difficultés à prévoir et leur durée ; les prépositionnements de moyens à ajuster ; les tensions possibles sur les capacités, tenues et adaptabilités de ces moyens ; les relèves à prévoir ; les ajustements à prévoir dans les prises de parole et les contenus des communications ; les réactions à prévoir de la part des acteurs concourants ; les difficultés éventuelles en matière de réactions des populations ; etc.
L’expérience passée permet d’enrichir le travail de questionnement, de cartographie, de propositions.
2. Le décisif dans un monde de haute complexité : L’anticipation pour un pilotage stratégique hors cadre
Il s’agit :
– D’ouvrir des espaces de questionnement inhabituels, hors épure évidente ;
– De travailler sur les pièges trouvant leur ancrage profond dans nos logiques cartésiennes de référence ; les représentations qui « s’imposent » ; les pièges qui peuvent aller de pair avec les leçons tirées de l’expérience ;
– De dépasser les « interdits » en matière de questionnement ;
– De continuellement s’interroger sur les questions non posées, interroger les consensus partagés, les obstacles évidents ou masqués mis à l’exercice d’analyse ;
– De rechercher les signaux non seulement « faibles » mais surtout « aberrants » (ceux que l’IA aura d’ailleurs quelque difficulté à repérer) ;
– De s’interroger sur la conjonction de facteurs pouvant précipiter des tableaux de situation difficiles à prévoir, surtout si on a commencé à aborder les facteurs de façon isolée. En l’espèce, la conjonction glace + vent conduit à des risques très élevés pour la tenue des infrastructures de transport de l’électricité ; la succession d’une très forte chute de neige suivie d’une longue période de froid polaire rendant difficile les travaux de déblaiement ; la conjonction de perte d’énergie durable au milieu d’un froid polaire, avec le risque de voir les batteries rapidement à plat, les groupes électrogènes des particuliers inopérants et même la préconisation de stocks de précaution de 72 heures dépassée par la durée de l’événement ; un froid polaire se traduisant par des conséquences lourdes en matière de santé publique (notamment AVC) puisque beaucoup voudront déblayer la neige (durcie) par temps sibérien, etc.
– D’être vigilant sur le foisonnement d’informations sur les réseaux, comme la mise en ligne de scénarios aggravants suggérés par des modèles météo encore non validés par les météorologues officiels. (New York Times, 25/01/26) : « Before this weekend’s storm had dropped so much as an inch of snow, meteorologists were already rushing to dismantle rumors that another potentially more potent one was lurking in the following week’s forecast.) » Avec le risque non nul qu’un modèle très à l’écart de nombreux autres modèles, et après démenti des autorités et des experts mainstream… s’avère finalement avoir donné des prévisions exactes. Non seulement les temps actuels favorisent le développement irrépressible d’informations excentriques, l’adhésion spontanée aux messages catastrophiques ou même délirants, la perte de crédit attaché aux expertises complexes et officielles… mais les moments de crises majeures exacerbent ces dynamiques de dérapage. Et il suffit qu’une mise en alerte sauvage triomphe une fois pour que tout un ensemble d’expertises et de voix autorisées se retrouvent brutalement décrédibilisées, et pour longtemps .
– De rechercher le possible surgissement de facteurs jusqu’ici jamais identifiés. On l’avait vu lors du cyclone Katrina – un État dans l’incapacité de demander de l’aide, ce qui bloquait le processus de référence en matière d’aide fédérale ; on pourrait avoir une situation inverse : une demande d’un État mais un refus fédéral au motif que la FEMA n’a pas (ou plus) la capacité nécessaire pour intervenir, ou au motif que le politique refuse l’intervention d’appui à un État considéré comme ennemi politique par le fédéral.
– De s’interroger sur la manifestation possible de variables nouvelles et hors du champ habituellement considéré (par exemple le poids de la consommation énergétique du secteur de l’IA) ou dormantes (par exemple la parcellisation des acteurs énergétiques) qui deviennent très pénalisantes en situation très anormale.
– De questionner la possibilité de dynamiques foudroyantes de « boule de neige » comme par exemple l’interpénétration du défi climatique avec toutes ses diffractions, et le défi que peut représenter une situation sociétale extrêmement sensible comme on le voit ce week-end avec les tensions à Minneapolis. Se souvenir ainsi d’une remarque d’Henry Kissinger dans ses mémoires : « Tout commença par un cyclone… ».
Essentiel :
Ce type de questionnement a pour caractéristique fondamentale de ne pouvoir être borné, ni mis en fiche préalablement.
Il appelle :
1. La constitution d’équipes type « Force de Réflexion Rapide » particulièrement entraînées à apporter leur concours dans des situations hors cadres de référence.
2. La préparation des équipes de pilotage stratégique à travailler de la meilleure façon avec ces cellules d’anticipation, sans abandon de l’impérative autonomie de décision des dirigeants.
3. Une activité continue de retour d’expérience pour ausculter en permanence le champ des surprises, des innovations remarquables, des questions inédites à ouvrir.
4. Au-delà des initiatives de type Force de Réflexion Rapide pour situation accidentelle, la mise en place d’unités de préparation à la navigation stratégique au long cours dans le chaotique.
Il est urgent d’engager des processus de mise en condition de réussite.
La perspective n’est pas d’attendre d’avoir toutes les réponses, mais de faire le premier pas, et d’inscrire une volonté, une dynamique en phase avec les pulsations du monde.