Publié sur LinkedIn le 12 février 2026.
Il serait prudent de prendre en considération ce défi totalement à contre-courant énoncé par Jon Truby dans Time : « The World Is Not Prepared for an AI Emergency ». https://time.com/7342444/not-prepared-for-ai-emergency/
extraits :
« What is missing is not the technical playbook for patching servers or restoring networks. It is the plan for preventing social panic and a breakdown in trust, diplomacy, and basic communication if AI sits at the center of a fast-moving crisis. »
Preventing an AI emergency is only half the job. The missing half of AI governance is preparedness and response. Who decides that an AI incident has become an international emergency? Who speaks to the public when false messages are flooding their feeds? Who keeps channels open between governments if normal lines are compromised?
L’auteur dessine quelques lignes de réponses, à partir de dispositifs qu’il indique comme déjà mis en place.
Je tenterai sans doute d’aller un peu plus loin en me mettant un instant dans quelques interrogations qui pourraient intéresser une Force de Réflection Rapide appelée à travailler sur le sujet :
– Comment « penser » une telle situation, comment autoriser son examen, comment organiser l’exercice… alors que l’IA est devenue un objet qui aspire tout sur sa trajectoire totale – jusqu’à devenir l’alpha et l’omega, voire le diktat, de toute perspective de développement, d’enrichissement, et même… de sécurité ? Ce que l’on a déjà mis en place dans le domaine des risques majeurs et des crises apparaîtrait instantanément bien démodé.
– Comment dépasser la tétanisation, la fragmentation, l’effondrement rapide voire instantané de crédibilité et de légitimité, le décrochage profond qui pourraient venir en premier choc, ou s’installer durablement de façon générale si une crise devait survenir et dépassait nos entendements comme nos compétences, nos leviers d’action, nos vitesses de réactions ou nos volontés de réagir ?
– Comment prévenir les pièges immédiats qui pourraient se présenter comme autant de pistes de réaction « non discutables »… et pourtant aggravantes, voire mortelles ?
– Comment dessiner le tableau des acteurs quand on serait propulsé dans des cartographies échappant à nos catégories, lectures, interprétations de référence ?
– Comment commencer à discerner des pistes, non sans doute de « solution » ou de boîtes à outils prêts à appliquer, pour réancrer des points de référence et d’appui, faire redémarrer des séquences d’activités orphelines, insuffler quelque confiance quand la défiance aurait pris les rênes et l’agressivité générale aurait pris d’assaut les dynamiques collectives ?
– Comment préparer tout à la fois les dirigeants publics à prendre sur leurs épaules une telle situation, les dirigeants d’entreprise à opérer dans un univers difficile à concevoir, les experts qui seraient indispensables alors même qu’il seraient en difficile posture, les acteurs intermédiaires comme le citoyens soudain confrontés à la nécessité d’une résilience en situation impensée.
Nul ne dispose des réponses. Mais il serait sage de commencer à ouvrir la question, jeter un minimum de bases, préparer notamment dirigeants et experts à affronter des hypothèses qui seront assurément vues comme particulièrement « inopportunes » à l’heure du triomphe sans borne d’une technologie aux promesses sans limite (même si des questions aiguës se posent sur son impact sur l’énergie, l’eau… et la bourse).
Commentaires :
Pharmacien, Officier SPP, Ingénieur en chef de classe exceptionnelle, jeune retraité après 27 ans au service du Havre
Avant même de commencer à creuser des pistes (ou en parallèle) voilà un titre de film « Improper
Question » à réaliser d’urgence dont le scénario devrait être imaginé, pourquoi pas, par une RED
TEAM en pleine forme ! De quoi secouer un peu les fanatiques d’IA générative et les amener à
plus de pondération et surtout à une vision plus critique de l’usage des différents types d’IA en
matière d’urgence, de traitement de crise ou de défense.
Rebond, Patrick Lagadec :
Belle idée patrick lions, il ne reste qu’à dénicher quelqu’un qui pourrait être le support de cette RED TEAM et quelque Netflix qui ferait le pari d’un intérêt pour un zeste de réflexion distancée.
Pour l’heure chacun est totalement emporté dans une course de vitesse en accélération irrépressible pour attraper au vol toutes les promesses impensables de cet eldorado divin qu’il ne faut rater à aucun prix et à qui il faut tout sacrifier à commencer par l’énergie et l’eau.
On pensera à la sécurité plus tard. Comme disait Mumford : « Science finds, Industry applies, Man comforms« . En avant toute !
Cela ne signifie pas que l’on se place en opposition destructrice et négative. Cela signifie seulement que l’on a l’intelligence d’importer, dans le domaine de cette révolution encore à ses prémisses, au moins quelques leçons de ce qui fut chèrement appris dans la grande histoire du risque.
Pour reprendre le thème d’un récent colloque de l’Anvie Sciences humaines et Entreprises, les sciences sociales pourraient apporter ici quelques lumières dont il vaudrait mieux ne pas se passer. Bettina Laville