Publié sur LindedIn le 1er juin 2026.
https://www.linkedin.com/pulse/ebola-mayotte-un-%C3%A9ventail-de-lignes-vision-et-daction-patrick-lagadec-6b54c/?trackingId=CsWtg19K6f5zx1c9oGFplA%3D%3D
Nous voyons donc la situation évoluer très défavorablement en Afrique de l’Est : les cas se multiplient, la zone touchée s’étend ; l’OMS comme les ONG sont en grande difficulté pour traiter cette situation explosive et hors contrôle, qui n’a pas pu être détectée et traitée à temps ; l’épidémie se déploie dans un environnement de grande pauvreté, sans structures en mesure de répondre à un défi de cette échelle, sans appui extérieur significatif, en zone de conflit armé et de troubles de haute intensité – et à un moment géo-politique qui ne porte pas à l’attention des zones les plus déshéritées de la planètes.
Pour Mayotte, la question d’une vulnérabilité sur le front Ebola reste potentiellement sérieuse.
Que faire ? J’ouvre ici une amorce de réflexion, avec toutes les réserves qui s’imposent quand on n’est pas en prise directe avec la situation.
Ligne 0 – Pour mémoire
Vision : « Le pire n’est jamais sûr ». Rien ne permet de dire que l’épidémie touchera le département. Il ne faut surtout pas s’inquiéter et inquiéter pour rien. Même s’il faut rester vigilant.
Action : Ne pas se disperser dans les tâches qui sont déjà colossales en matière de sécurité et de vie. Ce qui n’empêche pas de rester vigilant au cas où l’on serait tout de même concerné.
Ligne 1 – Conventionnelle
Vision : Il pourrait y avoir l’arrivée de quelques cas.
Action : On prévoit la mise en place de protocoles pour accentuer la vigilance à l’arrivée des personnes sur Mayotte, détecter immédiatement les cas problématiques, les isoler et les traiter.
On déploie les protocoles de référence pour les maladies contagieuses sévères, avec mobilisation en première ligne des services médicaux d’urgence et de l’hôpital où l’on aura préparé un espace d’accueil spécifique.
Ligne 2 – Innovante
Vision : Les cas arrivent en nombre plus important, et il n’est pas certain qu’ils soient rigoureusement détectés.
Action : On protège l’hôpital. On prévoit un lieu spécifique, contigu à l’hôpital, mais en dehors de l’hôpital (comme on l’a déjà fait par le passé en métropole).
Ligne 3 – Hors cadre
Vision : Le défi sort des épures conventionnelles. Le risque serait alors de devoir faire face à une arrivée extérieure, non pas perlée, mais importante, continue de cas, et durable (malades, personnes en phase d’incubation) ; de personnes qui ne seraient pas immédiatement détectées ; de personnes dont le premier souci ne serait pas de se rendre à l’hôpital ni de solliciter de l’assistance médicale, mais au contraire de se fondre dans la population ; et ceci dans des délais plus courts que les délais sur lesquels on pensait pouvoir compter à l’origine.
Penser autrement, hors des lignes de référence.
· Sortir de l’épure de référence en termes d’échelle du nombre de cas, de durée, de possibilité de détection.
· Sortir de l’idée que les personnes rechercheraient obligatoirement et immédiatement de l’aide médicale.
· Penser une autre approche de la cartographie des problèmes d’une situation sanitaire et sociétale échappant aux canons conventionnels.
· Repenser la carte des acteurs concourants.
Action :
1. S’inspirer des retours d’expérience les plus pointus sur le cyclone Chido pour organiser l’action dans un milieu aussi complexe.
2. S’apprêter à devoir faire preuve d’inventivité, d’agilité par un retour d’expérience rapide et au fil de l’eau. Probablement loin de la conception de la centralité de l’hôpital.
3. Aller au-delà du principe de la protection du territoire à la frontière du territoire. Que penser de l’idée d’une projection dans l’archipel, et sur le continent africain, de personnes chargées de détecter et d’analyser les dynamiques en jeu, les signaux de mutation rapide dans les flux, les rumeurs, les comportements ; d’établir à l’avance des liens d’échange avec les officiels et experts en charge comme avec des acteurs non étatiques actifs ; aller jusqu’à examiner la mise en place de structures spécifiques permettant une « fixation » sur place des personnes à risque, pour au moins freiner l’arrivée sur Mayotte ?
4. Il n’est pas impossible, même si cela peut rester de l’ordre du vœu pieux, qu’en lançant ce type de coopération légère et intelligente on puisse planter des brins de confiance qui pourraient servir dans les dynamiques générales difficiles et durables dans le rapport entre Mayotte et la zone.
On pourra juger cette Ligne 3 comme sans objet. Cela n’empêcherait pas de penser un exercice sur table permettant de réfléchir à ce qui pourrait se développer hors des conventions habituelles, et ce que l’on pourrait inventer pour faire face si l’on était confronté à des difficultés imprévues. Dans ce cas comme dans d’autres à l’avenir.