Non classé16 mars 2026Par Patrick LagadecPatrick Lagadec : « Ouragan sur le Caine »

Publié sur LinkedIn, 16 mars 2026.

Dans les situations à enjeux colossaux il est vital d’ouvrir des questionnements qui peuvent paraître totalement ineptes dans le cadre des évidences habituellement considérées, et pire encore : totalement inacceptables.

Si l’on prend l’ouragan « Iran-Ormuz-stabilité mondiale », on peut tenter de s’interroger sur des maillons critiques de l’heure, à commencer par ceux qu’il est convenable de ne pas interroger.

Un fait a retenu mon attention. Il n’est pas dans l’épure immédiate de la guerre actuelle. Et il conduit à entrer dans des couches psychiques que l’on préfère toujours mettre de côté. Mais cela ne peut suffire à l’ignorer.

Début février 2026, lors d’une intervention publique au National Prayer Breakfast (petit-déjeuner national de prière) à Washington, le Président des Etats-Unis a déclaré à propos de
l’élection de 2020 :

« Il fallait que je la gagne. Il fallait que je la gagne. J’en avais besoin pour mon ego. »

« They rigged the second election. I had to win it. I needed it for my own ego. »

Et il a poursuivi : « Maintenant j’ai vraiment un gros ego. Battre ces cinglés était incroyable. »

QUESTION : et si, avec l’aggravation de la situation, cet ego, fil rouge de son action et ancrage de sa personnalité, devenait LE facteur de criticité dans la guerre asymétrique en expansion et le décrochage économique mondial ?

Car, pour une personnalité qui ne peut psychiquement tolérer le moindre revers, et qui a été habitué à toujours faire céder ses adversaires, à toujours proclamer des victoires totales, cela commence à faire beaucoup en matière de frustration :

– Un ennemi écrasé sous les bombes, mais qui s’évertue à jouer les trouble-fêtes en ne respectant même pas la logique du plus fort, ni la grammaire militaire convenue.

– Un ennemi qui, en bloquant le détroit d’Ormuz, met à mal toute la stabilité du monde, et pour longtemps.

– Un ennemi qui joue autrement que sur le militaire pour s’attaquer à la bijouterie/banque/tourisme de luxe que sont les pays de golfe.

– Un ennemi qui, inacceptable!, s’attaque aux data centers qui sont le moteur essentiel de la puissance et de la domination américaines pour le présent comme pour les générations à venir.

– Un ennemi qui vient dramatiser l’inflation, la hausse des prix, le prix de l’essence, le fléchissement de la croissance US.

– Des ex-alliés dignes de mépris qui ne viennent pas au coup de sifflet aider la première puissance maritime du monde.

– L’horreur ultime de devoir quémander une aide à l’Ukraine qui est la seule à disposer de la carte anti-drone (encore une faille majeure dans la planification de l’opération).

Il ne manque qu’une brusque montée de fièvre chez ses supporteurs MAGA, surtout si d’aventure le Commander-In-Chief décidait finalement d’envoyer des boots on the ground.

Il ne manque qu’un raidissement de Wall Street, et une brutale crise de nerfs chez ses capitaines de la tech, rodés depuis leur adolescence au succès et à l’afflux de milliards de milliards – non aux difficultés venant soudain percuter leur business hégémonique et leurs comptes en banque intouchables. Pourquoi s’être à ce point prosterné si cela se révèle maintenant un pari perdant ?

Il ne manque que quelque coup gagnant de l’adversaire, totalement « impensable », venant cristalliser cet enchevêtrement maléfique de surprises stratégiques. Par exemple un coup sévère, « impensable », porté à l’US Navy ou aux autres composantes terrestres de l’invincible armada. Dan Cane, le Chef d’état-major US – au nom qui ne s’invente pas –, pourrait commencer à ne plus pouvoir s’aligner totalement sur qui met en péril son organisation, qui n’a pas voulu écouter, qui ne semble pas comprendre.

Certes, il est toujours difficile et le plus souvent refusé de commencer à s’interroger sur les traits de personnalité. Mais est-ce là une raison suffisante ?

Quoi qu’il en soit, cette crise majeure, comme toutes les crises actuelles désormais fusantes dans des environnements en surfusion, appelle des interrogations et des préparations se situant d’emblée dans le non conventionnel.

Comme je l’ai maintes fois souligné, cela appelle des dispositifs renouvelés d’aide à la navigation si l’on ne veut pas toujours s’exposer à la séquence sidération-agitation-capitulation. Cela appelle des préparations nouvelles des équipes de pilotage. De nouvelles cultures d’expertise. De nouvelles grammaires opérationnelles.

On connait mon leitmotiv : l’urgence est de décider de se mettre en action.

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