Publié sur LinkedIn le 19 janvier 2026.
Les réflexions de Patrick Trancu, CBCI pourront alimenter les retours d’expérience, en Suisse comme dans tout autre pays.
Il pointe notamment :
– le choc initial : « Comment cela a-t-il pu nous arriver, arriver à la Suisse ?! ».
– la complexité stupéfiante : l’échelle de la tragédie, sa dimension internationale, le caractère multicouches de la situation qui allait se développer dans le proche immédiat comme dans le très long terme.
Si l’on veut aider les instances responsables une question décisive devra être ouverte – bien audelà de la Suisse :
Étant donné la nature de la préparation au pilotage des crises majeures quelles sont nos failles fondamentales ?
Comment faire dans les épreuves qui nous attendent et qui sortiront de plus en plus du « domaine de vol » de nos conceptions et de nos dispositifs ?
Ce qui signifie : S’est-on entraîné à se confronter à des scénarios bousculant les visions et les grammaires convenues – ici, un seul dancing déclenchant une urgence européenne ?
A-t-on cultivé la capacité à se confronter à la page blanche, à l’inconnu, et non pas seulement à déclencher les dispositifs prévus, à coordonner les forces habilitées – et dans le Valais ce fut certainement une excellence (que l’on songe au ballet des hélicoptères en pleine nuit et en montagne…) ?
Ce qui signifie : s’est-on doté des dispositifs d’aide au pilotage qu’impliquent notre environnement, ses chocs et ses surprises de haute intensité ?
Étant donné les défis qui nous attendent, nos pays (et nos grandes organisations comme les opérateurs d’installations vitales) doivent se doter de forces immédiatement mobilisables, entraînées, capables de détecter les surprises inconcevables, les failles qui pourraient s’ouvrir, les émergences venues d’en bas, les corrections à pointer, les suggestions et même les pistes d’invention à présenter en temps réel aux pilotes en charge.
Dans aucun pays au monde ce saut de paradigme n’est acté, encore moins pratiqué.
J’avais eu le privilège de pouvoir commencer un travail sur ce chantier voici un peu plus d’une décennie avec un service fédéral de la Confédération qui réfléchissait aux crises de l’avenir.
À défaut de ce saut de paradigme, de dispositif, de préparation, les crises qui déferlent nous laisseront en grande difficulté, même si les sauveteurs sauront faire preuve d’un dévouement et d’un héroïsme sans limite, et si chacun, à chaque niveau, fait et fera de son mieux.
L’urgence est de se mettre en marche et d’aider toutes les bonnes volontés. C’est une exigence de sécurité, et une exigence de dignité à la mémoire des victimes et de leurs proches.
P.S. : On voit chaque jour ce que coûte le déficit en matière de leadership et d’aide au pilotage dans la réaction européenne aux furies du monde : sidération, agitation, dissociation, impuissance, supplication, reddition…