ACCIDENT

  • Événement connu, répertorié, aisément isolable, dimensionné à l'intérieur d'hypothèses conventionnelles ;

  • Nombre limité d'intervenants, tous spécialistes d'un volet du problème et relevant d'organismes qui se connaissent ;

  • Procédures d'urgence codifiées, bien connues des spécialistes mobilisés ;

  • Rôles, responsabilités, hiérarchies bien établis ;

  • Situation perçue comme gérable : techniquement, économiquement, socialement ;

  • Durée limitée. Une simple brèche, dans un univers stable

     

    CRISE

    problèmes "réels" ou perçus

  • Difficultés quantitatives : impacts de grande échelle, larges populations concernées, interventions lourdes, coûts économiques très importants, etc. ;

  • Difficultés qualitatives : problèmes hors échelle, combinés, génériques ;

  • Dynamiques de boule de neige : en raison de multiples phénomènes de résonance ;

  • Dispositifs d'urgence pris à contre-pied : procédures obsolètes, inapplicables, inutiles voire contre-productives ;

  • Incertitudes : extrêmes, impossibles à lever dans le temps de l'urgence, et certainement pas par les seuls experts officiels ;

  • Longue durée, qui épuise les hommes, les organisations ; menaces qui se transforment dans le temps ;

  • Convergence : irruption d'un nombre impressionnant d'institutions (qui vont évoluer dans leurs positionnements tout au long de la crise) ;

  • Problèmes critiques de communication : au sein des organisations responsables, avec tous les publics : médias, victimes, administrations, professionnels spécialisés, etc. ;

  • Enjeux considérables, de toute nature. Un événement qui fuse, avec mise en résonance rapide du contexte

     

    RUPTURE

    un avant / un après

  • Dissolution des repères fondateurs et structurants : sens, règles du jeu, conventions, dogmes, normes, connaissances, hypothèses scientifiques les plus indiscutées, identités, cartes mentales, perceptions, langage, etc. ;

  • Globalité et cristallisation : on passe des problèmes aux symptômes ; de dysfonctionnements spécifiques à des enchevêtrements de problèmes interdépendants ; le local se trouve pris au piège de problèmes globaux qui se cristallisent brutalement sur un point particulier ; les ruptures appellent les ruptures, avec démaillage de proche en proche ;

  • Enjeux : refonder de nouvelles visions, légitimités, partage de pouvoir, modalités générales d'action ; non des questions de "gestion", mais des questions politiques ;

  • Diagnostics : hors de portée, exigeraient des percées fondamentales (scientifiques, organisationnelles, culturelles) ;

  • Procédures d'intervention : hors de leurs domaines de référence ;

  • Durée : dans le temps long d'une mutation (mais il y a des épreuves immédiates et répétées) ;

  • Cartes d'acteurs : pulvérisées, illisibles, en recomposition ; maillages d'acteurs ouverts et flous ; les acteurs centraux n'ont plus les leviers de la situation ; des acteurs à la marge opèrent des changement soudain de centres de gravité ;

  • Non communicabilité : alors que l'on perçoit un profond déficit de communication, on se heurte à des impossibilités : des acteurs émergents, absents, impossibles à atteindre ; des pertes de repères, de liens, de mécanismes, de langages.

    Moments critiques dans des processus de mutations globales

    4/ Source : Patrick Lagadec, Ruptures créatrices, Editions d'Organisation, 2000, p. 19, 26, 82.



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