État de choc, stupeur
Henry Kissinger et le Watergate
"Ce qu'il me révéla fit tout chanceler autour
de moi. [
]J'étais atterré. En raison d'agissements
dépourvus de sens, la discorde s'abattrait une fois de plus
sur notre société déjà affaiblie par dix
années de chambardement. Je me sentais comme un nageur qui
n'a survécu à des courants dangereux que pour être
arraché à l'apparente sûreté de la terre
ferme par un raz-de-marée inattendu et encore plus violent,
vers des mers inexplorées. Comme je considérais ce que
cela signifierait pour notre politique étrangère, mon
cur sombra." 42
Dien Bien Phu
"Une stupeur avait frappé tous ceux qui n'étaient
pas accaparés par des besognes urgentes. Officiers et soldats
n'avaient pas fini de s'interroger sur ce fait inouï : comment
un bataillon de Légion avait-il pu être englouti si vite ?" 43
Décalage radical
Hiroshima : pathétique erreur
(le directeur de l'hôpital des communications à Hiroshima)
"Lorsque la bombe explosa - je ne sais pas d'ailleurs s'il
y en eu une ou plusieurs - je vis distinctement descendre deux parachutes.
Il y avait à côté de moi un groupe de 20 à
30 soldats qui regardaient eux aussi descendre les parachutes, mais
ils applaudissaient à tout rompre parce qu'ils croyaient
que l'avion - un B-29 - avait été touché et
que c'étaient les pilotes qui cherchaient à se sauver." 44
Changement de monde et bureaucraties
Premier voyage en Chine de R. Nixon, 1970
(Henry Kissinger)
"Le chef du détachement de la Sécurité
se distingua en réclamant la liste des individus subversifs
dans chaque localité que le président était
susceptible de visiter. Cela soulevait un problème intéressant
car, en Chine, les Républicains conservateurs seraient à
coup sûr classés dans cette catégorie, et si
nous demandions le nombre de sympathisants communistes, nous obtiendrions
le chiffre troublant de 800 millions." 45
Faille
intellectuelle
Guerre de 1973 au Moyen-Orient (Henry
Kissinger)
"La veille du déclenchement de la guerre, la CIA
répétait son appréciation [
] : l'Egypte
ne semblait pas se préparer à entrer en guerre avec
Israël. Manifestement, il y eut là un échec des
services de renseignement, mais l'erreur de jugement n'était
pas le privilège des organismes spécialisés.
Chaque responsable politique connaissait tous les faits.[
]
Le plan d'attaque général avait été
assez bien compris - tout particulièrement celui des Syriens.
Ce que personne n'avait saisi [
], c'était que les Arabes
allaient mettre ce plan en uvre. La conception que nous avions
de la rationalité nous empêchait de prendre au sérieux
l'idée que quelqu'un allait déclencher une guerre
impossible à gagner, pour restaurer le respect de soi de
son peuple. Nous n'avions pas les moyens de nous prémunir
contre nos idées préconçues ou celles de nos
alliés.
Ce qui illustre notre idée fixe de façon spectaculaire,
c'est le cours des événements du 5 octobre [veille
de la guerre]. Nous avions appris à notre réveil,
ce jour-là, que l'Union soviétique rapatriait depuis
vingt-quatre heures, grâce à un pont aérien,
toutes les familles de ses ressortissants résidant en Egypte
et en Syrie. Seuls paraissaient pourtant demeurer sur place les
conseillers techniques et militaires. Il est impossible aujourd'hui
de comprendre pourquoi cette nouvelle fut si mal interprétée.[
]
La faille était d'ordre intellectuel ; elle n'avait rien
à voir avec la bonne marche des services." 46
Management et rupture
Claude Bijon
"À la stratégie fine, qui améliore
progressivement l'adaptation de l'offre à la demande qui
se manifeste sur le marché, il y a une alternative. Elle
est fondée sur la rupture avec les pratiques établies
et procède par saut. " (p.10)
"Dans un univers où chacun est mis en question par le
changement permanent, la rupture devient un objectif pour l'action.
Bien conduite, elle peut générer du sens et de l'identité."
(p. 11-12).
"Pour toute entreprise, la concurrence la plus dangereuse
n'est pas celle des " confrères " qui ont les mêmes
modes de production, mais celle qui vient " d'ailleurs "
: un autre pays, une autre technique, un autre métier. Dans
ces situations, on ne se protège contre le talent et l'inventivité
des autres qu'en développant sa propre excellence."
(p. 33-34)
"Les entreprises n'ont le choix qu'entre créer des
ruptures ou les subir. Et la rupture prédatrice, qui vient
d'ailleurs, n'est jamais que la rupture créatrice que l'entreprise
n'a pas su réaliser." (p. 87) 47
Par-delà le management
Xavier Raufer (in P.L. Ruptures
créatrices)
"L'art de la politique ne consiste pas à gérer !"
(p. 209)
"Face à ce monde durablement chaotique et bouleversé,
une première exigence s'impose : reconnaître qu'il
y a effectivement rupture puis être prêt à bouleverser
ses références." (201)
"Le plus dangereux est bien sûr de ne rien faire, ou
de se borner à des simulacres, en priant le ciel que tout
ça s'arrange tout seul." (p. 207)
"Demander à des entités stables, lentes, monumentales,
nées de la deuxième guerre mondiale et de la guerre
froide, de traiter ces menaces semblables au vif-argent, c'est demander
à un hippopotame de danser le Lac des Cygnes." (208)
Rupture et choix
Alexis de Tocqueville
"Si on ne veut pas subir une révolution, il faut
la penser - et la faire"
Xavier Guilhou (in Ruptures créatrices)
"Avoir quelques réflexes existentiels, quelques convictions
profondes, pour vous lancer dans des univers hors du commun".
"Renouer avec l'étonnement et l'enthousiasme. L'enthousiasme,
pas le cynisme : l'enthousiaste mène loin, le cynique
limite l'aventure ; le cynique fera le lit de tous les extrémismes."
(p. 113)
Ruptures et profils de personnes
Xavier Guilhou (in Ruptures créatrices)
"Ce sont les moments forts de votre existence qui vont vous
servir de socle pour lancer des dynamiques qui feront émerger
les solutions." (p. 107)
"Il faut rechercher des gens de bon sens (qualité qui
n'est pas largement partagée), mais plus encore des gens
atypiques, qui ont vécu des choses fortes, dotés d'une
forte capacité d'écoute - précisément
pour briser les problèmes d'autisme. Il faut prendre des
hommes de projet et qui ne sont pas gérables selon les logiques
établies. Ce sont des personnes qui ont l'habitude de s'affronter
à des choses impossibles, de marier les champs du possible
et de conduire des aventures humaines exceptionnelles. Ce sont des
personnes qui n'ont pas des "CV sur étagères"
et sont souvent quasiment rejetées par le système."
(p. 109)
Patrick Lagadec (in Ruptures créatrices)
"Une rupture est à penser et à conduire :
si la première exigence pour les dirigeants devient la capacité
à affronter des ruptures profondes et constantes, à
préparer les systèmes culturels à y vivre de
façon inventive, il faudra bien choisir ces dirigeants en
fonction des capacités requises pour ce type de responsabilité
- et probablement faire des facteurs de rejets qui ont dominé
dans le passé, des paramètres importants des politiques
de sélection (tout en se gardant de l'absurde, naturellement).
Cela posera inévitablement des problèmes difficiles
: comment détecter des personnes capables de remettre en
cause leurs schémas - et à le faire sans être
terrorisées à l'avance par le spectre de l'avenir
non verrouillé, de l'écoute d'autrui, de l'information
ouverte, du pouvoir partagé ? capables de tisser des liens
positifs avec d'autres, pour susciter de la créativité
collective dans les situations de surprise ? capables de tracer
de chemins, en dépit des profondes réticences de leurs
bureaucraties ?" (p. 105-106)
Henry Kissinger
A la Maison-Blanche, 1968-1973, t. 1, Fayard, 1979, p. 14
Henry Kissinger rapporte une préoccupation clé de
Richard Nixon lorsque, avec les conseils de Nelson Rockefeller,
il constituait son cabinet.
"Nixon lui avait posé beaucoup de questions sur
moi et en particulier sur mon comportement en temps de crise"
Ruptures et méthodes
Michel Séguier (in Ruptures
créatrices)
""Surtout, ne perdez pas une minute à rédiger
un rapport. Revenez avec une idée d'action, si vous en trouvez
une."" (p. 113)
Ruptures et expertise
Dominique Dormont (in Ruptures créatrices)
"Le premier message à faire passer doit concerner
les limites des connaissances à disposition" (p. 342)
Ruptures et pédagogie
Janek Rayer (in Ruptures créatrices)
"Il s'agit moins d'imaginer l'inimaginable que de s'entraîner
à lui faire face, à réagir personnellement
et collectivement de façon créative à des situations
hors norme. Le " raisonnement doit être enrichi par la
résonance" : il s'agit moins de tout analyser, disséquer,
expliquer, faire rentrer dans des modèles, que de tenter
de percevoir, de ressentir, de comprendre. La logique doit être
complétée par l'intuitif, la connaissance par la perception
- et par le partage de ces perceptions, avec des partenaires inhabituels.
Pareille démarche est certes difficile à vivre, car
elle suppose de rompre avec des habitudes d'autant plus ancrées
qu'elles apportent de solides protections vis-à-vis de l'inattendu.
Cela suppose de casser des certitudes, de sortir des logiques de
moyenne, de déplacer radicalement les points de vue, d'accepter
des logiques floues, de tolérer l'indécidable, de
supporter la coexistence de logiques contradictoires.
Davantage : il faut être en mesure de cultiver des attitudes
positives et ouvertes sur ce terrain des ruptures : vivre l'arrachement
comme une opportunité, être stimulé par ce qui
est radicalement autre. Cela suppose nécessairement quelque
ouverture sur le plan psychologique : se préparer émotionnellement
à vivre dans l'inconnu. Une voie pédagogique précieuse
est de se plonger personnellement et en équipe dans des univers
tout autres, en allant se frotter directement à des situations
de ruptures, qu'elles soient technologiques, sociologiques, économiques,
politiques, artistiques." ( p. 103-104)
Patrick Lagadec (in Ruptures créatrices)
"Le travail d'apprentissage opérationnel visera à
préparer de larges réseaux. Les dirigeants, moins
encore que pour les crises, ne pourront esquiver pareille démarche.
Pour en penser les modalités, on peut identifier quelques
points de référence à respecter :
des exercices en larges réseaux ;
· un entraînement à la surprise stratégique
et au non conventionnel ;
un entraînement à discerner ce qui se fissure
au cur de son système mais aussi à ce qui émerge
aux marges, aux questions venues d'ailleurs (non pas de son concurrent
bien connu, si on est une entreprise) ;
une interrogation active sur les questions de sens, de
valeurs, de perception ;
un travail collectif sur ce que peut être la fabrication
de démarches structurantes." (p. 106)
42/ Henry Kissinger, Les Années orageuses, Fayard, Paris,
1982, tome 3, p. 96; 99.
43/ Pierre Rocolle : Pourquoi Dien Bien Phu ?, Flammarion, Paris,
1968, p. 352.
44/ Nichihico Hachiya : Journal d'Hiroshima, Albin Michel, Paris
,1957, p. 187.
45/ Henry Kissinger, 1979, tome 2, p. 840.
46/ Henry Kissinger, Les Années orageuses, Fayard, Paris,
1982, tome 3, p. 530-538.
47/ Claude Bijon : Les Stratégies de rupture créatrices
de marché, Seuil, Paris, 1991.
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