"Ne jugez pas les gens en fonction du nombre de bonnes réponses,
de solutions assurées tous risques et prêtes à l'emploi qu'ils vous livrent ;
soyez bien plus attentif aux deux ou trois questions qui, en dépit des confusions et erreurs alentour, vous ouvriront des regards neufs sur le monde."

D'après Peter Schwartz : The Art of the long view 48


Inquiétude radicale au bord du gouffre



Winston Churchill
"N'y avait-il pas déjà eu des précédents ? Athènes avait dû se soumettre à Sparte et les Carthaginois avaient opposé à Rome une résistance sans espoir. Il n'est pas rare dans les annales du passé que des Etats courageux, fiers et insouciants, et même des races entières aient été balayées de telle façon que leur nom seul ait survécu, quand il n'a pas été lui-même enseveli dans l'oubli. Pourtant, je ne pouvais m'empêcher de penser qu'il y avait plus de 2000 ans que les Anglais n'avaient pas vu les feux de bivouacs étrangers s'allumer sur la terre britannique." 49


Détermination



Winston Churchill
"Qui peut affirmer que la cause de la civilisation elle-même ne sera pas défendue par l'adresse et le dévouement de quelques milliers d'aviateurs ? Dans toute l'Histoire des guerres de ce monde, je ne pense pas qu'une pareille occasion ait jamais été offerte à la jeunesse. Les Chevaliers de la Table Ronde et les Croisés s'évanouissent dans un passé non seulement lointain, mais prosaïque, quand on les compare à ces jeunes gens qui s'élèvent chaque matin dans le ciel pour défendre leur sol natal et tout ce que représente leur pays, tenant entre leurs mains des instruments d'une puissance immense et fulgurante, ces jeunes gens dont on peut dire :
Le soleil chaque jour enfantait l'aventure,
l'aventure enfantait un chevalier sans peur
méritent notre reconnaissance, […]. Never was so much owed to so few…" 50

Winston Churchill
Benoist-Méchin : "Sa volonté est comparable à celle d'un William Pitt qui, torturé par la goutte, les membres enveloppés de pansements et marchant sur des béquilles, trouvait encore la force de répondre à un amiral qui lui affirmait que ce qu'il lui demandait était impossible : "-Monsieur, regardez-moi ! Je marche sur des impossibilités !"" 51

Winston Churchill
"I have, myself, full confidence that if all do their duty, if nothing is neglected, and if the best arrangements are made, as they are being made, we shall prove ourselves once again able to defend our Island home, to ride out the storm of war, and to outlive the menace of tyranny, if necessary for years, if necessary alone. At any rate, that is what we are going to try to do.
That is the resolve of His Majesty's Government-every man of them.
That is the will of Parliament and the nation. […] Even though large tracts of Europe and many old and famous States have fallen or may fall into the grip of the Gestapo and all the odious apparatus of Nazi rule, we shall not flag or fail. We shall go on to the end, we shall fight in France, we shall fight on the seas and oceans, we shall fight with growing confidence and growing strength in the air, we shall defend our Island, whatever the cost may be, we shall fight on the beaches, we shall fight on the landing grounds, we shall fight in the fields and in the streets, we shall fight in the hills ; we shall never surrender, and even if, which I do not for a moment believe, this Island or a large part of it were subjugated and starving, then our Empire beyond the seas, armed and guarded by the British Fleet, would carry on the struggle, until, in God's good time, the New World, with all its power and might, steps forth to the rescue and the liberation of the old." 52



Erreur de représentation



Christophe Colomb arrive en Asie
"Observateur minutieux de la mer et des vents, Colomb restera pourtant, quant au terme de son voyage, prisonnier de ses rêves. Il est résolu à trouver partout la preuve qu'il est bel et bien parvenu aux confins de l'Asie. La botanique, champ nouveau aux images non encore vulgarisées par l'imprimerie, devint son domaine d'élection. A peine a-t-il posé le pied sur la côte nord de Cuba qu'il y découvre partout la flore asiatique. Un arbuste à la vague odeur de cannelle devient aussitôt un cannelier, promesse de cargaisons entières d'épices. Le gombo des Indes occidentales, affirme-t-il, doit être l'équivalent asiatique du lentisque des régions méditerranéennes. Une petite noix non comestible, le nogal de pais, devient un peu hâtivement la noix de coco décrite par Marco Polo. Le médecin du bord, examinant les racines découvertes par l'équipage, décrète obligeamment qu'il s'agit de rhubarbe de Chine, fort appréciée comme purgatif (ce n'était que de la vulgaire rhubarbe des jardins). Mais tant de fausses odeurs finissaient curieusement par créer les authentiques parfums d'Orient.
Il n'en fallait pas plus, dans l'esprit de Colomb, pour confirmer la justesse de ses thèses." 53



Positionnement, posture



Maurice Grimaud, Mai 1968
"Voyant la tournure que prenaient les événements, et sachant dès lors que tout pouvait arriver, j'adoptai par-devers moi une règle de conduite qui m'aida grandement à traverser les semaines suivantes.
Je savais qu'il fallait sortir de ce chaos sans perdre pied. Je n'avais pas souhaité être préfet de police, mais puisque j'étais à ce poste, il n'était pas question que j'abandonne les affaires de l'Etat à la rue, c'est-à-dire à l'émeute. J'étais là sur une ligne ferme et solide dont me rassura la simple évidence dès que je l'eus formulée.
L'autre terme de mon problème, c'était d'éviter que les désordres ne débouchent sur quelque drame sanglant. Autant que le sentiment, c'était la raison qui me dictait ce langage, car je savais que si un soir nous avions à relever, sur le sol jonché de débris de cageots brûlés et d'arbres tronçonnés, les dizaines de morts d'une fusillade, cela risquait d'être le signal d'une aventure dont nul ne pouvait prévoir l'issue.
Je tenais solidement les deux bouts de la chaîne, et ma conduite fut inspirée par cette double conviction. Si elle ne me préserva jamais totalement de l'angoisse, elle me donna, vis-à-vis des péripéties mineures de cette traversée, une précieuse sérénité." 54


Fins de crise



Maurice Grimaud, Mai 1968
"Dans le feu de l'action, nous n'avions pas vraiment redouté, mes collaborateurs et moi, de voir les insurgés prendre le pouvoir. Je fus plus troublé, passé le péril, de constater combien le pouvoir, lui, paraissait pressé d'effacer jusqu'au souvenir de ces événements qui avaient tant effrayés, tout un long mois, gouvernants et gouvernés. Ne fallait-il pas rappeler à ces hommes oublieux que l'on n'a pas toujours la chance de recevoir les avertissements du destin ? ". (p. 11)
Et puis, je voyais avec peine, comme Mai s'éloignait, s'installer le mépris et l'arrogance sur les débris de la peur. […] J'aurais aimé un triomphe plus modeste, une foule aussi nombreuse mais silencieuse et méditant sur ce moment étrange où le destin de la France était, comme plus d'une fois dans son histoire, en suspens entre des espérances contradictoires. L'ordre, certes, allait revenir, et c'était bien, mais il ne fallait pas que soient étouffées les voix qui avaient pendante trente jours appelé à la naissance d'un monde plus juste, moins oppressifs. La France de l'ordre ne devait pas fermer ses oreilles aux cris de sa jeunesse, sinon tout recommencerait un jour…" 55



48/ D'après Peter Schwartz : The Art of the long view - Planning for the future in an uncertain world, Doubleday, New-York, 1991, p. 83.
49/ In Benoist-Méchin : Soixante jours qui ébranlèrent l'Occident - 10 mai-10 juillet 1940, Bouquins, Robert Laffont, 1956, p. 804-805.
50/ Idem
51/ Idem
52/ The speeches of Winston Churchill, Penguin Books, London, 1990, p.165.
53/ Daniel Boorstin : Les découvreurs, Laffont, Bouquins, 1988, p. 206.
54/ Maurice Grimaud : En mai, fais ce qu'il te plaît, Stock, Paris 1977, p. 135-136.
55/ Maurice Grimaud : En mai, fais ce qu'il te plaît, Stock, Paris 1977, p. 322-323.