Patrick Lagadec est directeur de recherche à l'Ecole Polytechnique (Laboratoire d'Économétrie), membre de l'Académie des Technologies de France, membre fondateur et membre du Governing Council de l'European Crisis Management Academy (ECMA); membre du Conseil scientifique et technique de l'International Risk Governance Council (IRGC).

Il est Docteur d'Etat en Science Politique (1980), Docteur en 3ème cycle, Paris-1 (1976), ancien Élève de l'ESSEC (1972), diplômé de l'Ecole des Hautes Etudes en Sciences Sociales (1972).

Il est Officier de l'Ordre National du Mérite. Lauréat 1999 du Prix du Forum ENGELBERG.
[Au nombre des précédents lauréats : Herwig Shopper, Directeur-Général, CERN (1990), Max Perutz, Prix Nobel de Chimie, Sir John Kendrew, Prix Nobel de Chimie, Eduard Kellenberger, Emeritus Biocentre de Bâle (1991), Samuel Ting, Prix Nobel de Physique, MIT et CERN (1996), Jakob Nüesch, Président, Institut fédéral suisse de Technologie, Zurich (1997).]

Son parcours est marqué par trois étapes :

1. Dans les années 1970-80, Patrick Lagadec a été l’initiateur du concept de “Risque Technologique Majeur” (La Recherche, Futuribles, 1979 ; Le Risque technologique majeur, 1981 ; La Civilisation du risque, 1981).

2. Dans les années 1980-2000, il fut à l’origine de travaux spécifiquement consacrés à l’étude et au traitement des crises, que ces crises aient pour origine des problèmes de défaillance technique, de santé publique, de société (Annales des Mines, 1984 ; Préventique, 1985 et 1986 ; Etats d’urgence, 1988 ; La Gestion des crises, 1991 ; Cellules de crises, 1995 ; Apprendre à gérer les crises, 1993).

3. Depuis la fin des années 1990, il consacre ses recherches à la compréhension et au traitement du phénomène de rupture et de crises « hors cadres » qui peuvent représenter des mises en cause vitales, comme des ouvertures inédites (Administration, 1997 ; Sécurité-Préventique, 1997 ; Ruptures créatrices, 2000 ; La Fin du risque zéro, 2002, avec Xavier Guilhou ; Voyage au cœur d’une implosion – ce que l’Argentine nous apprend, 2003, avec Laura Bertone, et l’appui de Xavier Guilhou).

C’est là désormais le front essentiel de nos vulnérabilités. Ces ruptures et grandes lignes de faille – climat, environnement et santé publique, démographie, systèmes techniques, géostratégie, violence et sociétés, etc.– génèrent des cascades de crises non conventionnelles qui se distinguent fortement des crises étudiées dans les années 80-90. Elles appellent des paradigmes et repères de pilotage, des organisations et des outils profondément repensés. Il ne suffit plus de savoir installer des salles de crise, se « coordonner » ou « communiquer ». L’ignorance, la discontinuité, la montée aux extrêmes, l’hyper-connectivité et l’horizontalité, la globalisation et la vitesse, « l’inconcevable » sont au nombre des dimensions à traiter (Sécurité-Préventique [1ère partie, 2nde partie], 2005 ; Gérer et Comprendre, 2005). Plus pénalisant encore : ces crises « barbares » ont instantanément un effet incapacitant sur nos systèmes de gouvernance soudain menacés sur leurs hypothèses, repères et ancrages essentiels. D’où des paralysies étonnantes, objets de consternation dans tous les rapports d’enquête suite à des fiascos « inimaginables » (« A failure of Imagination », « A failure of Leadership », « A failure of Initiative »).

L’enjeu est de réinventer aujourd’hui des repères intellectuels et de pilotage (Les Echos, 2005) adaptés à ces univers chaotiques (Contrôle, Sécurité Préventique, Crisis Response, June 2006; December 2006). Il ne s’agit plus de protéger un système de quelque événement rare, connu, mesuré, d’amplitude relativement limitée, et fondamentalement circonscrit. Il ne s’agit plus de « rassurer les populations » en leur garantissant que « tout est sous contrôle », mais de les faire partenaires d’un engagement collectif lucide, responsable et créatif. Il s’agit moins d’arrêter de grands plans de réponses, que de pouvoir ouvrir des questions inédites, pour penser et engager des dynamiques de réponses novatrices. Il ne s’agit plus de sous-traiter le leadership à quelque expert ou opérateur spécialisé, mais de faire preuve d’exemplarité et d’engagement personnel au plus haut niveau. Il ne s’agit plus de préparer à la sécurité en présentant des plans, des check-lists, des scripts non discutables, mais de construire des formations et des préparations à ces nouvelles lignes de faille. Cela suppose de s’être dégagé d’un effet pervers de ces crises : le refus, par anticipation, de tout questionnement ; le refus de mise à l’agenda.

Crises après crises, nous observons que nos systèmes sont aujourd’hui en limite de pertinence. Katrina, tsunami, canicules, 11 Septembre, etc., ont clairement montré qu’il était urgent de repenser les paradigmes et principes opérationnels de la sécurité de nos systèmes.

La pratique de Patrick Lagadec est marquée par une double exigence : l’exigence de recherche, qui conduit à se porter systématiquement sur les nouveaux fronts de problèmes, pour défricher les questions en gestation et les voies de réponses à explorer ; l’exigence opérationnelle et stratégique, qui conduit à travailler au plus près du terrain et de tous les partenaires concernés pour contribuer à la construction effective des réponses possibles.

Ses recherches sont ainsi étroitement liées à des interventions auprès de comités exécutifs de grandes sociétés (grands réseaux vitaux : énergie, transport, distribution, aéronautique-espace, systèmes bancaires, etc.), de directions d’administrations publiques, d’organisations internationales, d'associations et d’ONG, en France comme à l'étranger. Ces interventions prennent des formes opérationnelles très diverses : simulations non conventionnelles, séminaires de préparation à la surprise, retours d’expérience (internes ou publics), “coaching” direct, observation et conseil stratégique en situation de haute tension, analyses dans le cadre de commissions d’enquête parlementaires, etc.

Ses travaux les plus récents ont porté sur des cas de grandes crises comme l’ESB, l’anthrax en 2001, la canicule française en 2003, ou Katrina.

Il développe une forte activité internationale en lien avec ses collègues chercheurs et des responsables étrangers, notamment américains et européens. Il vient de publier :

• Avec Erwann Michel-Kerjan (Wharton School), The Paris Initiative, « Anthrax and Beyond »: Transnational Collaboration Among Interdependent Critical Networks, in Seeds of Disaster, Roots of Response. How Private Action Can Reduce Public Vulnerability, Cambridge University Press, September 2006.

• Avec Henry Quarantelli et Arjen Boin : « Trans-System Ruptures: The New Disasters and Crises of the 21st Century and the Implications for Planning and Managing », in R. Dynes, H. Quarantelli, H. Rodriguez, Handbook of Disaster Research, Springer, September 2006.

• « Crisis Management in the Twenty-First Century, “Unthinkable” Events in “Unthinkable” Contexts », in Dynes, Quarantelli, Rodriguez, Handbook of Disaster Research, Springer, September 2006.

Il a été maître de conférence à l'Ecole Nationale d'Administration sur les questions de crises sanitaires (1999) ; en charge de la conception et de l'animation de séminaires de réflexion sur les questions de crise à destination des préfets (1995-2000) et des magistrats (1999-2000). Il a été président du comité de programme du Congrès 2002 de la Conférence des Grandes Ecoles, sur le thème “systèmes et risques”. Depuis quinze ans, il intervient dans la formation des Elèves de l'Ecole des Mines de Paris sur le thème des situations de crise.

Il est membre de l'Editorial Board du Journal of Contingencies and Crisis Management (Oxford), conseiller pour les crises non conventionnelles auprès de Crisis Response, membre de l’équipe éditoriale de la revue Sécurité-Préventique, membre du Conseil scientifique de la revue Sécurité Globale (revue publiée avec le soutien de l'Institut Choiseul pour la politique internationale et la géoéconomie, de la Fondation pour la recherche stratégique, le Haut comité français de défense civile, le Centre français de recherche sur le renseignement, et Thalès security).
Il est membre du Conseil scientifique de la plate-forme de veille et de réflexion "Pandémie grippale, éthique, société", Département de recherche en éthique de l'Université Paris-Sud 11 - Espace éthique Assistance publique - Hôpitaux de Paris.

Il est invité régulier des radios, des télévisions ainsi que de la presse écrite, pour apporter son regard extérieur lors de grandes situations de crise. Il a été correspondant de Science-Contact, organisme interface entre le CNRS et les médias.