Seveso, Bhopal, Three Mile Island
Tchernobyl, Bhopal, le sang contaminé, l'amiante, la vache
folle
L'Erika, AZF-Toulouse, le Prestige
Les tempêtes de 1999 en France, le changement climatique,
les vulnérabilités informatiques
Les attaques du 11 septembre, les attaques ou alertes à l'anthrax,
le spectre de la variole
Depuis la fin des années 1970, lorsqu'un petit groupe de
pionniers tentait de faire mettre à l'agenda la question
des risques majeurs, en soulignant que ces risques avaient changé
de nature, des milliers de pages ont été écrites,
des centaines d'ouvrages publiés, des dizaines de colloques
tenus, des textes novateurs débattus et votés, à
l'échelon national et européen. Nombre de disciplines
ont été mobilisées, bien au-delà des
sciences de l'ingénieur. Des avancées, en termes d'outils
et de pratiques de sécurité, de débats, de
dispositifs institutionnels, ont été acquises sur
le terrain.
D'indéniables progrès ont été faits
dans la matière de maîtrise des risques. Mais il est
un impératif en ces matières : " Ne jamais être
en retard d'une guerre ". Or, les défis ne cessent de
sortir des cadres établis, de déborder les terrains
que l'on vient de conquérir. Trait parmi d'autres : que signifie
une probabilité fondée sur des séries statistiques
passées, s'il y a bouleversement des conditions générales,
ou volonté déterminée de détourner un
système de sa mission pour en faire une arme de destruction
(terrorisme)?
Dans les années 70-80, l'enjeu était de faire reconnaître
la réalité des risques majeurs, et de mobiliser des
capacités stratégiques pour mettre la question à
l'agenda. Trente ans après, les risques ébranlent
bien plus fondamentalement nos cadres de gouvernance.
Après moult coups de boutoirs, notamment depuis Tchernobyl,
les inquiétudes liées au prion, les effondrements
économiques, sanitaires et humanitaires de continents, les
attaques du 11 septembre 2001, le défi est triple :
un désarroi certain des spécialistes, confrontés
à des plages d'ignorance de plus en plus envahissantes, à
des enchevêtrements inédits de vulnérabilités,
à des contextes d'une instabilité exacerbée
;
une défiance de plus en plus puissante des publics
concernés ;
la menace croissante de découplage entre cercles
responsables et sociétés civiles.
La responsabilité est triple : connaître ces défis,
identifier les impasses à éviter dans nos réponses,
forger approches et prises en charge pertinentes.
Avec un impératif : ne pas approcher les réalités
actuelles et en émergence accélérée,
les yeux rivés sur le rétroviseur. Nous qui étions
fiers de nos outils, pensés pour nos jardinets à l'architecture
impeccable, nous voici confrontés à des jungles envahissantes,
inconnues et menaçantes. Nous voici de plus en plus bousculés
par l'inédit, l'impensable, l'inconcevable.
Il faut bien mesurer la difficulté de fond : nous partons
d'une culture qui avait le plus souvent repoussé le non conventionnel
hors de ses frontières. Voici que, de tous côtés,
ce que nous tenions pour réalités barbares, contenues
aux confins de l'empire du rationnel, tend à faire irruption
au centre, et avec la plus extrême brutalité.
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